Lettre Jacques Cœur n°21

Lettre Jacques Cœur n°21

Introduction

La réunion du Club Jacques Cœur de décembre 2018 est consacrée à deux problématiques dont l’exposé et l’analyse invitent à identifier les résonnances, dix ans après l’éclatement aux Etats-Unis de la crise financière, dont les effets sociaux se font encore sentir en Europe et outre-Atlantique et dont les grands émergents, Chine en tête, tirèrent parti.

D’une part, Pierre Cailleteau dresse un état du système financier international fragilisé et estime que les risques d’éclatement de la bulle financière sont toujours présents. Il se demande pourquoi les réformes entreprises depuis la crise de 2008 restent-elles encore insuffisantes.

D’autre part, Michel Foucher montre comment les tensions et les incertitudes de 2018 risquent de s’aggraver en 2019 (rivalité américano-chinoise, prix volatil de l’énergie, Brexit, échéances électorales en Europe).

 

Un système financier international fragilisé et des risques d’éclatement de la bulle financière toujours présents

Pourquoi les réformes entreprises depuis la crise de 2008 restent-elles encore insuffisantes ?

 

La réforme de la finance est inachevée[1]

Dix ans après la faillite retentissante de Lehman, la finance mondiale est convalescente. Elle est mieux comprise mais pas entièrement déchiffrée. Elle n’est surtout pas suffisamment maîtrisée pour pouvoir crier victoire. Les capacités de réaction des autorités publiques en cas de nouvelle secousse étant pratiquement épuisées, il faut envisager des solutions plus ambitieuses – s’inspirer de l’audace rooseveltienne des années 1930.

 

Dix ans plus tard, la finance internationale est-elle stabilisée ? La réponse est : peut-être...

Les réformes ont été importantes. Elles ont principalement renforcé la solvabilité et la liquidité des banques (plus de 1500 milliards de fonds propres levés par les grandes banques depuis 2009). Mais il serait imprudent d’affirmer que le système est « stabilisé » tant la définition même de la stabilité financière est insaisissable. Par ailleurs la réduction apparente des risques financiers se fait au prix de taux d’intérêt historiquement bas (voire négatifs), et d’expansions sans précédent du bilan des banques centrales et des États. À tout le moins, le système est en convalescence.

 

La finance globalisée est-elle « maîtrisée » ? La réponse est non.

Alors que les débats des dix dernières années ont porté tant sur l’excès de finance que sur les excès de la finance, le secteur financier a néanmoins continué de croître. 

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Tempêtes à Washington : Quelles conséquences pour le monde ? 

Perspectives 2019

 

LES ETATS-UNIS

Les USA restent la puissance dominante dans tous les registres de la puissance. L’UE s’en rend compte à nouveau depuis le 4/11 (sanctions contre l’Iran) : supériorité du dollar, base de l’extraterritorialité du droit américain ; aggravations des tensions avec la Chine (du containment au push back).

Un président renforcé mais sa vulnérabilité majeure réside dans l’issue éventuelle de l’enquête du procureur Muller, (notamment sur les liens d’affaires avec la Russie)

On n’a pas observé de raz de marée démocrate lors des élections de mid-term, mais une nette poussée à la Chambre, qui installe une forme de cohabitation.

Au plan politique, le parti démocrate reste divisé entre une gauche socialisante (Sanders) et une fédération de droits des minorités, décalée de la base ouvrière classique. Le parti manque de leader évident. Donald Trump vise la réélection le 3 novembre 2020. Il garde une assise de 40 à 45% de la population.

Au plan international, le Congrès est plus internationaliste que le Président et peut faire pression sur plusieurs dossiers (Russie, Arabie saoudite, OTAN) tout en le soutenant sur d’autres (rôle des sanctions, Iran, Chine). Trump poursuit le démontage systématique des instances multilatérales.

Il a des alliés (Brésil, Pologne, Italie) et inspire une nouvelle « internationale » des partis nationalistes et des mouvements de la société civile conservatrice. La restructuration des relations bilatérales en fonction des affinités idéologiques est en cours (c’est Neil Farage qui parle avec DT du Brexit ; Steve Bannon intervient dans les élections en Europe).

Il a obtenu une révision de l’ALENA (accord signé lors du G20 de Buenos Aires). L’UE a dû faire quelques concessions (soja, gaz GNL) pour éviter des taxes sur l’automobile.

 

 

[1] « La vulnérabilité du système financier mondial » Economica, 2018, préface de Jean Claude Trichet.

 

Lettre Jacques Cœur n°21