Lettre Jacques Cœur n°24

Je vous propose d’aller plus loin que la caricature donnée des Etats-Unis, dès lors que Donald Trump recouvre une réalité intéressante et complexe.

S’agit-il d’un phénomène structurel permanent? D’un changement de cycle? D’un changement de la politique étrangère? De la société? Ou bien, comme le disent les démocrates, d’un mauvais moment à passer, d’ici 2020 ou 2024?

Ces interrogations sont partagées par tous, en Europe, en Russie comme en Chine.

Comment analyser ces phénomènes? Sont-ils temporaires ou profonds?

Première remarque: est-ce si nouveau?

Je me réfère à cet isolationnisme, à cetunilatéralisme.Mais n’est-ce pas la période qui va de 1945 à 2017 qui fut une phase exceptionnelle.

Au XIXème siècle, les Etats-Unis ont développé en Amérique latine un impérialisme contre l’Espagne. Mais jusqu’en 1917, ils furent réticents. On note ce flux et ce reflux dans le grand monde.

André Malraux, qui aimait parler à tous, avait dit au jeune homme que j’étais alorsque l’Amérique était un impérialisme malgré soi. L’ordre multilatéral qu’elle soutenait était inscrit dans la guerre froide. Avec la fin de l’URSS, l’ouverture du Mur de Berlin, les Etats-Unis se battent pour un nouvel équilibre. Donald Trump prolonge un mouvement amorcé par Bill Clinton et Barack Obama. Mais le reflux a été bloqué par le 11 septembre (2001), GW Bush étant obligé de partiren guerre.Donald Trump marque une nouvelle phase, baroque, d’une tendance de fond.

Mais la réalité est plus complexeque ne le suggère le mot «retrait»

  • Le retrait des aventures militaires. Les USA sont engagés en Afghanistan depuis 18 ans, soit plus qu’ils ne le furent au Vietnam, avec des résultats contrastés. Ils rêvent d’en sortir, Trump et l’opinion. Même les démocrates, lors des primaires, sont sur cette ligne: «ramener les boys»
  • Trump impose une marque propre, avec sa volonté de se retirer des organisations multilatérales (ONU, Alliances, accords avec les alliés européens, accords multilatéraux). Comme Poutine et Xi, il entend réorganiser l’ordre multilatéral sur des bases bilatérales.

Parler de «retrait», est-ce aussi simple?

  • Les Etats-Unis ne renoncent pas du tout à l’hégémonie. Ils utilisent leurs armes pour imposer leurs intérêts.
  • Les sanctions sontdevenues un outil diplomatique majeur, qui a de forts effets. Voir l’Iran, où toutes les entreprises suivent les prescriptions américaines. Et la BEI, banque européenne, affirme qu’elle ne soutiendra pas les firmes européennes. Le système Instex de troc ne marchepas.
  • La confrontation entre la Chine et les Etats-Unis montre le recours à l’arme des tarifs
  • L’arme militaire est utilisée en Syrie ou en Afghanistan quand les Etats-Unis le veulent, avec un exercice pointu de la force (drones)

....

Lire la suite : Lettre Jacques Cœur n°24