Lettre Jacques Cœur n°26

Joe Biden, président élu, va se concentre sur les sujets de politique intérieure (pandémie, éducation, protection sociale, infrastructures, relace économique), qu’il tentera de financer par une hausse des impôts, face à un parti républicain qui agira pour qu’il échoue. A l’extérieur, il va nouer une alliance avec les grands pays démocratiques pour tenter de contenir la Chine qui s’est établie dans une concurrence des systèmes. Mais comment gérer la rivalité dans l’interdépendance ? Perçu comme un sauveur par les Européens, que les invectives de Trump avaient rapprochés, Biden exigera de ses alliés qu’ils s’alignent sur les priorités américaines. Quid de l’ambition de souveraineté et d’autonomie stratégique ?
Ce numéro 26 de la Lettre Jacques Coeur vous propose un éclairage en 10 propositions sur les États-Unis fin 2020, par Arnaud Leparmentier (reprises de notre visio-conférence du 4 décembre 2020). Puis une vision plus globale par Michel Foucher sur la Chine, les États-Unis et l’Asie à la fin de l’année 2020, et enfin comme nous en avons l’habitude, les grandes échéances de l’année 2021.

 

Les États-Unis fin 2020

par Arnaud Leparmentier Correspondant du quotidien Le Monde à New York

Arnaud Leparmentier est journaliste au quotidien Le Monde depuis 1995, après des études à HEC et de premiers travaux pour KPMG et Option Finance. Il a été correspondant en Allemagne, à Bruxelles et a suivi la présidence Sarkozy avant d’être nommé à New York en 2017. Il n’est pas accrédité à Washington (le correspondant du Monde est Gilles Paris) ; il n’a donc pas suivi Trump mais l’Amérique de Trump, ce qui permet une distance par rapport à Washington, où on ne parle que de politique, hystérisée par les médias au lieu de tempérer. Le reste des États-Unis contrairement à Washington ne suit pas le Trump, Commandant en chef, ce qui est une force et une faiblesse en période de non guerre et il n’a pas fait la guerre.
Aux États-Unis, le vrai patron est le gouverneur (ouragan de Floride, incendies de Californie, covid de New York, brutalités de Minneapolis). Le pays vit sa vie : c’est là que se situe la « Big Picture ».
D’où surgissent deux visions radicalement différentes de l’Amérique
- celle d’une démocratie abîmée, où Néron resterait à la Maison Blanche
- celle d’un empire, qui n’a connu sous Trump aucune guerre, a eu de la croissance avec baisse du chômage et de la pauvreté.
La preuve en est que Joe Biden ne propose rien, si ce n’est de redonner à la fonction de la dignité et de réconcilier les Américains. On est donc sur une crise de représentations, grave, car la tumeur maligne peut abîmer la démocratie, mais aussi sur un catcheur, qui n‘a eu aucun impact concret dans la vie des gens. A la question, qu’a fait de mal Trump pour vous ? Difficile de répondre. Que fera Biden de bien pour vous ? Pas très facile.

...

Lettre Jacques Coeur 26 - Joe Biden quelles marges de manoeuvre